Véronique DUBOS (F)

Décembre 2002, mise en ligne 04 septembre 2007

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Mode d'action du gène C

[Siamois seal point, Tiyi du Val de Gally]

Colourpoint, pourquoi une restriction de la couleur aux extrémités ?

Le chat présente la particularité de posséder pas moins de 5 variantes dans l’intensité de la pigmentation de sa robe et de ses yeux.

Un chat génétiquement noir peut ainsi apparaître :

  • Noir aux yeux verts, or, etc. ("C/-")
  • Zibeline aux yeux cuivres ("cb/cb")
  • Natural mink aux yeux aigue-marine ("cb/cs")
  • Seal point aux yeux bleu foncé ("cs/cs")
  • Ou Blanc aux yeux bleu délavé ("ca/ca")

Et tout ça du simple fait d’une unique enzyme…

La fabrication des couleurs

La fabrication des pigments mélaniques responsables de la couleur du poil correspond à une cascade de réactions chimiques et enzymatiques. A partir d’éléments simples (acides aminés), l’organisme élabore des molécules de plus en plus complexes. Certaines de ces réactions dépendent de la présence d’un catalyseur, en l’occurrence la tyrosinase (Figure 1). Cette enzyme est indispensable à la synthèse des mélanines présentes dans le poil et l’iris.

action de la tyrosinase

Figure 1 : Synthèse mélanique

Des cafouillages dans la fabrication des mélanines

L’existence des patrons colorés de la série génétique "C" correspond à des anomalies de fonctionnement de la tyrosinase. Deux types d’anomalies sont décrits :

Absence d’enzyme ou enzyme inactive

L’absence d’activité tyrosinase aboutit à l’absence de fabrication de mélanine : l’animal est albinos.

Chez le chat albinos parfait (albinos aux yeux rouges, par analogie avec ce qui existe chez la souris, mais dont l’existence est loin d’être certaine), les cellules pigmentaires ne fonctionnent pas correctement et la couleur ne s’exprime pas. Le chat n’est pas transparent bien sûr mais le poil, qui ne contient aucun pigment, apparaît blanc, l’iris apparaît rosâtre, le fond de l’œil, non pigmenté, est rouge (présence des vaisseaux sanguins vus par transparence).

Une variante est l’albinos aux yeux bleus. Et celui là, il existe, c’est sûr (alors que l'albinos aux yeux rouges ... serait plus une idée qu'un chat en chair et en os !).

Enzymes ayant subi une mutation qui les fragilisent (les rendant plus sensibles à la chaleur).

La tyrosinase normale est prévue pour fonctionner à la température corporelle avec une large marge en plus et en moins. Elle peut assurer son rôle à la température cutanée d’un chat aussi bien en Islande que sous les tropiques.

Des mutations du gène "C" rendent la tyrosinase plus sensible à l’action de la chaleur :

Allèle "cs"

L’allèle "cs" entraîne la fabrication par le chat d’une tyrosinase incapable de fonctionner à température normale.

A la température corporelle, l’enzyme est inhibée, la fabrication de mélanine est presque stoppée, le poil reste quasi blanc. Aux extrémités (nez, oreilles, doigts, queue, etc.) la température est plus fraîche qu’au niveau du corps et la tyrosinase arrive à fonctionner. Le chat colourpoint a ainsi une coloration typique : il a le corps "blanc" et ce qu’on appelle les "points" pigmentés.

Allèle "cb"

La tyrosinase associée à l’allèle "cb" est moins modifiée que celle liée à l’allèle "cs". Elle est capable de travailler à des températures plus élevées mais toujours pas à la température classique.

On observe donc chez les chats sépia le même phénomène que chez les chats colourpoint mais de manière moins intense. Le chat obtenu, dont l’archétype est le Burmese, présente des points bien pigmentés et un corps modérément coloré.

Conséquences sur les relations de dominance au sein du groupe "C" :

Connaissant l’origine des différents allèles, on comprend facilement les différents patrons colorés qui existent et les relations qui s’établissent entre les différents allèles du groupe "C" :

Le chat entièrement coloré :

Il a la tyrosinase "d’origine". Or, la nature est généreuse : Il suffit au chat de posséder un allèle "C" pour produire de la tyrosinase parfaitement fonctionnelle en quantité suffisante pour compenser une éventuelle déficience du 2éme allèle du gène "C" et colorer entièrement le chat. Autrement dit, la nature de l’allèle présent sur le 2ème chromosome n’a aucune conséquence visible sur la couleur de l’animal. Un chat "C/C" aura la même couleur qu’un chat "C/cb", "C/cs" ou "C/ca".

Lorsqu’on attaque les allèles mutants, c’est une autre histoire

Un chat albinos ne produit pas de tyrosinase.

Il est forcement "ca/ca" puisque tous les autres allèles produisent de la tyrosinase, même si elle est "frelatée".

Le chat point :

Un chat colourpoint produit une tyrosinase "de contrebande" mais il en produit néanmoins suffisamment pour que le chat "cs/cs" soit de même couleur que le chat "cs/ca".

Le chat sépia :

Un Burmese produit une tyrosinase moins modifiée que celle du colourpoint mais à peine. Un seul allèle "cb" ne suffit pas à donner les teintes sépia. Un chat "cb/cb" est facile à distinguer d’un chat "cb/cs" qui correspond aux teintes mink du Tonkinois.

Le chat mink

La teinte du Tonkinois est intermédiaire entre celle du Burmese et celle du Siamois : une dose de tyrosinase "cb" augmente la densité de la teinte fournie par la dose de tyrosinase "cs".

Conséquences sur la couleur "point" et son évolution

Des teintes fonction de la température.

Évolution de la couleur du nouveau-né à l’adulte :

Le chaton Siamois qui, dans l’utérus de sa mère, mijote à 38, naît tout blanc. A la naissance, il subit une chute de température et la synthèse de mélanine commence : à 2 – 3 jours un seal point a le bord des oreilles ourlé de noir. (Voir : Apparition des couleurs chez le chaton Siamois)

Le chaton Burmese "cbcb" naît légèrement teinté mais est loin d’avoir l’intensité qu’il aura adulte.

Les conséquences d’une tonte :

Après une tonte, le poil tend à repousser plus foncé puisque la zone tondue, non protégée par le poil, tend à être plus froide. Le phénomène est réversible et le chat reprend sa teinte d’origine lorsque le poil se renouvelle.

Conséquences de l’hyperthermie :

Lorsque les points sont maintenus relativement longtemps à température élevée, la teinte a tendance à diminuer ; par exemple lors de fièvre (dépigmentation des points), de conjonctivite (apparition de "lunettes")…

Il n’y a pas que la température, loin de là.

D’autres paramètres agissent sur l’intensité de la couleur :

Des phénomènes génétiques :

Certaines lignées et certains chats ont le corps plus foncé que d’autres.

Le chocolat point et le lilas point ont plus facilement le corps clair que les seal et les bleus point.

Les dépigmentations du tour de l’œil (lunettes) sont plus fréquentes chez le chocolat point.

Les hormones :

Les hormones interviennent dans le processus de fabrication de la mélanine, quelle que soit la couleur de l’animal. Néanmoins, cette action est plus spectaculaire chez les colourpoints que chez les chats entièrement colorés. On note fréquemment que les chattes colourpoints tendent à foncer lorsqu’elles ont des petits ; elles redeviennent plus claires ensuite.

L’âge :

L’évolution classique de la couleur, chez le Siamois comme chez le Burmese, est de foncer avec l’âge.

 

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